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Scénographier la paix – Olivier Brichet

 Pour ce travail sur la pacification et ces pratiques,  nous allons sur le terrain de l’Histoire officielle et ses cérémonies et protocoles diverses ainsi que dans la sphère intime pour observer comment naît, se structure, et se responsabilise une fabrique de la « faire paix ». Cette pratique nécessite un lieu-témoin particulier et celui que nous envisageons avec Cléa Laizé ainsi que tout.e.s les collaboratrices est une forme hybride ouverte et lumineuse en contrepoint avec le trauma qu’il soit individuel et/ou collectif.

Aussi l’intention est de s’inscrire dans une Histoire écrite, documentée de ce type de réconciliations politiques… et celles plus intimes et non-écrites mais galvanisant le collectif ; là où le Politique peine à prendre en charge toute la chaîne de la pacification jusqu’à la cohabitation d’avec celles qui sont sur l’autre rive.

Le dispositif scénographique (en cours) se compose d’un sol clair pourvu d’une légère estrade au lointain, d’enceintes suspendues et posées organisées organiquement dans l’espace mais offrant des possibilités de couplage face-lointain et/ou jardin-cour intéressantes. Le gril est quant à lui composé d’un ensemble hétéroclite de fanions et de sortes de bannières appelant une sédimentation des célébrations diverses.  L’intention est de composer un espace joyeux, et incertain dans sa finitude, son développement et sa temporalité. Sommes-nous en préparation ou dans le démontage d’une célébration?

Nous sommes invité-es dans un espace qui convoque l’Histoire de pratiques de pacification dont le « Ciel » ne cesse d’accueillir et de recueillir les anciennes et les prochaines par accumulation. Chacune d’entre elles s’appuie sur l’Histoire pour exister avec plus de puissance libératrice. Ce lieu convoque aussi l’extérieur comme la pluie, le vent au sens où les morts par ce type de manifestations climatiques, habitent et témoignent de leurs présences et de leurs augures pratiques. Les morts nous lient toujours avec la notion de justice quelle qu’elle soit.

Un petit mot aussi sur le rapport au sonore, l’interprète et l’espace que nous menons avec Louise Prieur, créatrice sonore. Ces suspension d’enceintes ramènent à une physicalité très forte, une tension face à la chute et son impact dans un mouvement interrompu ou retenu. Ces objets sont également en posture de veille active, une convocation enregistrée de toutes ces pratiques, mise en mémoire et en collection. Une sorte de boîte noire pour convoquer des pratiques et invoquer les souvenirs traumatiques enfouis. Elles sont des vigies dans les méandres immémoriaux. Par ce dispositif phonique et scénographique, il s’agit d’aller vers une notion anatomique et physiologique au sens où la question du trauma est une sensation très physique à une mécanique psychique neuronale très complexe.

L’approche sonore cherche à traduire physiquement ces sensations d’instabilité et de persistances via les notions de paysage et de déphasage notamment.