Le Pays
Une randonnée fiction autour du Pays de Bécherel
Au croisement de 4 communes, 3 communautés de communes et 2 départements, le territoire administratif de Bécherel ne correspond pas au territoire vécu de ses habitants. Face à ce morcellement, un groupe d’artistes, de paysagiste et d’ingénieures agronome ont rêvé de nouvelles frontières qui invitent à penser concrètement les notions de « local » et de « paysage vécu ». Ces nouvelles frontières imaginées rassemblent 7 communes et font naître peu à peu un « pays ».
Pendant 1 an, ce groupe interdisciplinaire arpente le territoire par ses chemins creux, rencontrant habitants humains et non-humains, et tisse des liens entre le passé et l’avenir d’un bout de terre. S’invente un projet artistique et agronomique de territoire qui fait naitre une randonnée-fiction et un nouveau sentier pour arpenter et rendre sensible un paysage.
Le 5 et 6 juin 2021, une randonnée de deux jours est organisée pour inaugurer ce nouveau sentier et partager une expérience artistique hors-norme. Il s’agira à la fois de baliser le chemin, de semer des traces et des histoires dans ce paysage. Plusieurs protocoles artistiques seront activés à cette occasion : chant en marchant, rites et gestes du pays disparus, glanage et création d’un herbier du pays, création de semis de graine de lin et de chanvre, récit de certains lieux rencontrés et micro-spectacle dans le paysage, etc.
Le sentier inauguré en juin restera accessible de mi-juin jusqu’à mi-septembre par des marcheurs en autonomie. Toute personne souhaitant traverser le Pays pourra réserver un « kit », un sac à dos contenant tout le nécessaire pour faire le voyage. Ce kit artistique permettra à celui qui marche de faire différentes expériences artistiques dans le paysage, mais également de se nourrir et de dormir.
Gilles Amalvi, Écrivain, poète, critique de danse et créateur sonore
Charline Ducottet, Politologue, ingénieure d’étude au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de l’INRA, recherche-action en agronomie
Emma Flippon, Ingénieure agronome au au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de l’INRA de Rennes, recherche-action en agronomie
Simon Gauchet, Acteur, metteur en scène, scénographe et plasticien, directeur artistique de l’Ecole Parallèle Imaginaire, théâtre et art plastique
Guillaume Lambert, Écrivain, dramaturge et metteur en scène
Léa Müller, Paysagiste, atelier « Itinérance », paysage et urbanisme
Johanna Rocard, Artiste plasticienne indépendante et collectif « La Collective », arts plastiques
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Capucine Jaussaud, Chargée de développement
Charlotte Piérard, Chargée de médiation et communication
Freddy Rapin, Photographe
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Ce projet est co-produit par le centre d’art contemporain la Criée via le dispositif Territoire Extra (DRAC Bretagne), Les Tombées de la Nuit, le théâtre de Bécherel et la Maison du livre de Bécherel.
RANDONNÉE SPECTACLE
05 & 06 juin 2021
dans le Pays de Bécherel
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De juillet 2020 à mai 2021 – 6 semaines de résidences sur le territoire des 7 artistes, paysagistes et ingénieures agronomes (arpentage du sentier, rencontres avec les différents acteurs du territoire, temps de recherche et d’écriture)
De janvier à mai 2021 – Ateliers tout public à destination d’associations et de structures locales. Dans le cadre de Territoire extra (La Criée/DRAC Bretagne)
D’avril à août 2021 – Ateliers tout public dans le cadre de la programmation de la Maison du Livre
05 & 06 juin 2021 – Inauguration du sentier / Randonnée-spectacle du PAYS
De mi-juin à mi-septembre 2021 – Sentier autonome / Mise à disposition des kits de randonnées pour traverser LE PAYS
Été 2021 – Exposition – Tirage grand format des images du PAYS dans les rues de la commune de Bécherel
Juin-Juillet 2021 – Temps-fort autour du théâtre-paysage : diffusion de différents spectacles dans les paysages du PAYS (en partenariat avec Les Tombées de la Nuit et le Théâtre de Bécherel)
Dans le pays de Bécherel, des foules battent la campagne à chaque saison, par tout temps et par tous chemins, glanant dans les haies : feuilles, fleurs, fruits, bourgeons, rameaux, écorces. Au retour de leur balade procession, de somptueux bouquets d’herbes sauvages sont séchées dans de grandes claies en bois, des chaudrons dégoulinent de confitures sucrées et bouillantes, d’immenses futs sont remplis de fruits trop mûres pour jouir bientôt de leur fermentation, de minuscules et précieuses graines sont enfermés dans de tout aussi petits sacs fait de toile pour fleurir les jardins et les rues des prochaines années.
Chaque récolte sauvage est une fête. Les corps en mouvement sont une danse, les outils un emblème, leurs techniques une architecture.
Un étonnant calendrier, tout à la fois almanach, jeu de tarot et horloge astronomique, est dessiné sur le sol de la place du théâtre, il sonne les travaux de l’année, annonce les floraisons et rythme les balades des glaneurs.
Pour ce qui est du rôle ou de la fonction dans le pays, deux choses m’intéressent particulièrement.
La question du passage d’un état à un autre, ici celui d’un pays réel à une organisation fictionnelle et imaginaire. Cela pose pour moi la question des récits et des gestes de transitions, de bascules, de soulèvements, de métamorphoses d’où émerge le pays.
La deuxième champ, découlant du premier, serait celui des corps dans ce pays, individuels et collectifs, en ce que cela induit les gestes, les rituels, les danses mais aussi pourquoi pas les pratiques vestimentaires. J’y vois là aussi l’occasion de traiter de la question du rapport aux sols et à leurs usages.
Ces deux champs de recherches m’intéressent doublement au regard de ce que nous traversons, la perte de mobilité, la fermeture des frontière, l’impossibilité de se toucher, de se parler près.
Que pourrais-je faire dans ce pays ?
Peut-être que j’aimerais y trouver sa fête. Sa fête populaire. Celle qui rassemble les uns et les autres au sein de ce pays. Ou celle qui a rassemblée. Ou celle qui rassemblera.
Passé, présent, futur… je ne sais pas encore. Tout est question de temps, de moyen.
Fêtes et rituels peuvent être très simples, comme ils peuvent être très complexes.
Si je viens travailler au sein de ce pays, c’est pour m’interroger sur ce qui nous rassemble ?
Pour ma part, parmi les zones d’activité potentielles, j’en vois deux, en particulier, qui m’intéressent à ce stade. Mais c’est évidemment sans compter sur tous les branchements qui vont pouvoir s’opérer entre nous.
Il y a le balisage et la description des chemins. J’y vois, par ailleurs, un potentiel radiophonique (radio-chemin), avec, pourquoi pas, un partenariat avec Radio Univers, basée à Cuguen, près de Combourg.
Et il y a la rédaction d’une « constitution » pour ce « Pays ».
J’aimerais approfondir la question de l’agriculture vivrière sur ce territoire et pouvoir inventorier ce qui est déjà produit sur le territoire et comment cela est valoriser aujourd’hui. Il s’agirait également d’inventorier les productions « manquantes » sur le territoire pour atteindre l’objectif d’une certaine autonomie alimentaire. Je pense qu’il vaut mieux rêver l’autonomie plutôt que l’autarcie sachant que des échanges avec l’extérieur du Pays peuvent être imaginés. De plus, j’aimerais approfondir l’histoire de Bécherel en tant que ville transformant du lin et du chanvre pour le textile. Dans quelle mesure cela pourrait-il retrouver un intérêt aujourd’hui, dans l’idée d’une relocalisation de la production de vêtements et de création de filières locales pour le textile. Autre axe de recherche intéressant, quels liens peut-on imaginer entre paysan.ne.s et habitant.es non paysans du Pays ? Les paysan.ne.s ne peuvent pas être seul.es à assumer les questions cruciales qui se posent aujourd’hui en termes de mise en place d’une agriculture respectueuse de l’environnement, instaurant une coopération avec les êtres vivants et nourrissant sainement les humains.
Une autre question qui m’intéresse dans ce projet est la forme de gouvernance du Pays. Je m’intéresse bcp à la gouvernance horizontale des collectifs. Il serait intéressant de travailler ensemble sur la manière dont les décisions seront prises dans le Pays et sur la manière dont la gestion des communs (semences, espaces naturels, eau, routes ou chemins, lieux publics…) s’effectue. Il serait intéressant d’imaginer une gouvernance égalitaire, collective et horizontale du pays de Bécherel. Peut-être pourrait-on s’inspirer du municipalisme libertaire de Murray Bookchin ?
La question de la monnaie ou des moyens d’échange entre les habitants de ce Pays m’intéresse également. Quelles conclusions peut-on tirer de l’existence de monnaies locales et sociales en France et dans le monde pour alimenter nos réflexions autour des moyens d’échange dans le Pays ?
Notre approche autour de la recherche participative me parait intéressante pour ce projet puisque nous posons sans cesse la question des modalités d’implication des citoyens dans les travaux de recherche et dans les associations avec lesquelles nous travaillons. De quelle manière pouvons-nous faire collectif, quels objectifs nous rassemblent et comment cultiver cette envie de faire ensemble sont des questions qui m’intéressent beaucoup.
Il pourrait être intéressant, comme Charline l’a souligné, de se pencher sur l’histoire vivrière du Pays de Bécherel, qui est notamment marqué par la culture et la transformation du lin et du chanvre. Il se trouve que ce sont des semences que l’équipe BCRP souhaiterait recultiver et/ou étudier ! Il devrait donc y avoir des choses à imaginer de ce côté là. C’est une entrée qui permet d’aborder beaucoup de sujets : histoire, culture, agriculture, échanges économiques et culturels avec les autres régions, lien au territoire et au terroir…