Le Pays

L’École
Parallèle Imaginaire
*
mène
depuis 2018 une exp
érience
en milieu rural. Conventionn
ée
par la r
égion
Bretagne, le d
épartement
d’Ille-et-Vilaine et la commune de B
écherel,
notre structure travaille à
réinventer
le
théâtre municipal de Bécherel

(commune de 700 habitants située entre Rennes et Saint-Malo) par et
pour un paysage g
éographique
et humain. Accompagn
és
par une quarantaine d’habitants de la commune et des communes
alentours, nous questionnons ce qu’est un «
théâtre
situé »
dans
un territoire rural. Dans le cadre de cette permanence artistique,
nous nous sommes int
éressés
aux
notion
s
de
«
territoire v
écu »
et
de « paysage v
écu »
que
propose
le paysagiste am
éricain
John Brinckerhoff Jackson en 1980. Le pays de B
écherel
est int
éressant
à ce titre car le territoire administratif ne correspond aucunement
au territoire v
écu.
Au croisement de 4 communes, 3 communaut
és
de communes et 2 d
épartements,
on observe

dans le pays de Bécherel un morcellement territorial qui invite à
penser la notion de « 
local
» et
fait
émerger
ce projet de recherche contextuel :
LE
PAYS
.

 

Dans
l’
époque de rupture sociale et
environnementale que nous traversons, na
ît
la n
écessité d’un
retour à une
échelle de vie, de
production et de consommation locales. On parle aujourd’hui
de
« circuit court », d’« économie
circulaire »
, d’« agriculture
vivriè
re ». Toutefois, jusqu’à
présent, la création
contemporaine, pour laquelle la diffusion nationale et internationale
d
éfinit les règles de financement, ne
s’empare que trop rarement de cette
échelle
locale de recherche et de
création.

Nous
proposons notre terrain d’
expérience
comme un territoire pilote pour initier une recherche-action sur les
liens entre culture, paysage et agriculture. Ce projet de recherche
s’invente sur deux ans (2020-2021). Il c
onvie
deux metteurs en scène, un dramaturge, une paysagiste, une artiste
plasticienne, un poète sonore et deux ing
énieures
agronomes
, à faire dialoguer leurs
méthodologies de recherche et de création sur un territoire autour
de 3 axes de recherche : Cheminer / Cultiver / Gouverner. Nous les
invitons à
faire naître un « pays »
à partir d’un territoire r
éel. «
Le pays  » peut être à
la fois une nation avec une organisation politique propre tout comme
un espace bien plus restreint dont on reconnait une identit
é
et une appartenance. Selon Eugen Weber dans La Fin
des terroirs (1984),
« le terme «
pays
» signifie fondamentalement « terre
natale », et s’applique plus proprement au territoire local qu’au
territoire national. La plupart des Fran
çais
(
) appellent ainsi ceux de leurs
compatriotes qui partagent avec eux cette petite patrie.  »

Si
Henri Mendras pr
édisait en 1967 « la
fin des paysans
» et avec elle « la
disparition d’une civilisation mill
énaire
», on assiste aujourd’hui à un retour à
la terre
et à la paysannerie, mais aussi à
la résurgence
de rituels et de cultures longtemps reni
és, (feu
de la Saint-Jean, tirage de joncs, biodynamie,
etc).
Le paysage retrouve une existence esth
étique,
non plus comme repr
ésentation romantique
d’une
étendue mais comme un espace
relationnel entre les êtres vivants. De ce retour à la terre
surgissent les mê
mes enjeux que
ceux qui traversent aujourd’hui les scè
nes
de th
éâtre contemporain : rendre sensible
les enjeux
de lanthropocène,
créer un dialogue entre humain et non-humain,
repr
ésenter lirreprésentable,
oeuvrer avec le vivant, inventer des modalités de création
collaborative, etc
. On peut
donc alors s’interroger sur la place de l’art
dans cette
époque de bouleversement. Face
à ces enjeux, le th
éâtre ne peux plus
être dans l’anecdote et le commentaire mais doit
contribuer
au renouvellement de nos capacit
és
d
’imagination
et d’activation pour inventer de nouveaux espaces sociaux et
politiques.

 

Convoquant
des m
éthodes
ethnographiques, agronomiques et artistiques notre recherche na
ît
de l’existant, interrogeant ce qui constitue un territoire et un
terroir d
éfinis
: l’identit
é
d’un
lieu, ses pratiques vernaculaires, les mobilités disparus, les
paysages qui le constituent, ses modes de gouvernance et la
communaut
é
qui
y r
éside.
Comme le dit John Brinckerhoff Jackson : «  Le paysage est un
environnement modifi
é
par
la pr
ésence
permanente d’un groupe. Se propose la cr
éation
d’une communaut
é
et
le paysage n’est que la manifestation visible de celui-ci.
»
Nous
voulons travailler à partir de cette communaut
é
faç
onnant
des paysages pour repenser nos pratiques, nos modes de cr
éation
et de production.
LE
PAYS

est l’occasion d’interroger les modalit
és
de cr
éation
contextuelles dans un territoire rural et de répondre à ces
problématiques : Comment
considérer
les cultures et paysages vernaculaires dans les processus de cr
éation
?

Comment
les nouvelles méthodologies de

recherche-action
agronomiques

rencontrent
et inspirent nos modes de recherche et de création théâtrale ?
Quels sont les liens entre culture et agriculture ?

LE PAYS s’invente sur deux ans : 2020 – 2021. Le premier semestre de l’année 2020 est consacré à l’écriture des modalités de travail et à la création de partenariats. Après un arpentage préliminaire du territoire au mois de juillet 2020, nous organiserons un laboratoire de 6 jours à chaque saison (automne 2020, hiver 2021, printemps 2021, été 2021). Enfin, une moisson de notre recherche sera présentée en septembre 2021.

Chaque temps de travail est l’occasion d’une transmission de nos méthodologies de recherche et de création. Notre recherche a lieu autour de 3 actions parallèles :

  • Cheminer : Au mois de juillet 2020, le « tour du pays », un arpentage préliminaire de six jours par les anciens chemins creux de ce territoire, sera l’occasion d’appréhender ce territoire par la marche et la rencontre d’un certain nombre d’acteurs. Par le biais d’entretiens avec les habitants des communes traversées, nous définirons les limites de ce pays et étudierons les représentations que chacun en a. Ce sera l’occasion de questionner les mobilités sur ce territoire, chemins usités et inusités, anciens et nouveaux qui fabriquent un paysage. Comment le chemin convie-t-il à être spectateur ? Quelle dramaturgie possède-t-il ?

  • Cultiver : À partir de l’automne 2020, nous avons proposé à l’INRAE de mener une recherche participative avec certains agriculteurs de ce territoire (ferme du pressoir, ferme des pinsons, etc.) pour réintroduire des semences anciennes de lin et de chanvre conservées dans les banques génétiques. La culture et le tissage du lin et du chanvre a effectivement fait la prospérité du pays Bécherel entre le XVIè et le XVIIIè siècle avant de disparaître. L’abandon de certaines semences anciennes a fait disparaitre un certain nombre de savoir-faire liés à leur culture. Ce processus agronomique sera un des fils rouge de notre travail de recherche. Comment rendre sensible ce processus vivant et invisible ? Comment imaginer des savoir-faire disparus ? Comment réinventer des gestes oubliés ? Comment s’inspirer de ce laboratoire hors-les-murs et d’une temporalité saisonnière dans nos processus de création ?

  • Gouverner : Nous souhaitons mener un travail sur les corps de ce pays, individuels et collectifs. Ils induisent des gestes, des rituels, ainsi qu’une organisation politique des espaces et des personnes. Comment est organisé le « pays » ? Comment son organisation affecte les corps ? À quelle occasion se rassemble-t-on ? Quelles actions collectives inventent une autre organisation de l’espace ? Quelle serait la gouvernance des communes et des communs (semences, espaces naturels, eau, routes ou chemins, lieux publics…) ? À partir des expériences menées et des personnes rencontrées il s’agira d’imaginer et de rédiger la constitution de ce « pays ».

Pendant toute la durée du projet, le théâtre de Bécherel deviendra l’« assemblée du pays » et installera une carte sur sa façade pour raconter la ré-invention de ce territoire. Cette carte collaborative sera déployée pour faire l’inventaire des ressources humaines, géographiques et alimentaires.

 

Une édition papier sera réalisée à la fin du projet pour archiver les méthodologies, les traces et les résultats de cette expérience. Une version numérique sera disponible sur notre site internet. Des exemplaires seront offerts aux partenaires du projet ainsi quaux bibliothèques des territoires concernés.

 

Il nous semble néanmoins important que le projet trouve également des formes de restitution « grand public », populaires et moins académiques, sur le territoire. Nous souhaitons organiser deux formats de restitution ouverts à tous :

  • Nous souhaitons organiser une « fête du pays » dans une des communes partenaires en septembre 2021, après la récolte du lin et du chanvre. Cette fête sera l’occasion de raconter et de transmettre aux plus grand nombre l’ensemble de notre projet de recherche. Elle ré-interprétera les rituels vernaculaires observés lors de notre recherche.

     

  • Nous souhaitons organiser une marche ouverte au public qui traversera et mettra en fiction les paysages du Pays. Elle reliera les différents lieux d’expériences et les différents acteurs impliqués.

Gilles Amalvi  Écrivain, poète, critique de danse et créateur sonore

Charline Ducottet 
 Politologue, ing
énieure d’étude au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de lINRA, recherche-action en agronomie

Emma Flippon 
 Ingénieure agronome au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de lINRA de Rennes, recherche-action en agronomie

Beno
ît Gasnier  
Metteur en scène et scénographe, compagnie « Théâtre à lenvers », théâtre relationnel

Simon Gauchet 
 A
cteur, metteur en scène, scénographe et plasticien, directeur artistique de lEcole Parallèle Imaginaire, théâtre et art plastique

Guillaume Lambert
Acteur, metteur en scène, compagnie « L’Instant Dissonant »

L
éa Müller  
Paysagiste, atelier « Itinérance », paysage et urbanisme

Johanna Rocard 
 A
rtiste plasticienne indépendante et collectif « La Collective », arts plastiques

 

LIRE LES BIOGRAPHIES DE L’ÉQUIPE

Voyage au pays de l’utopie rustique, Henri Mendras, 1979

La fin des paysans, Henri Mendras, 1967

À la découverte du Paysage vernaculaire, John Brinckerhoff Jackson, 1980

Manifeste du tiers-paysage, Gilles Clément, 2003

La composition des mondes, Philippe Descola, 2017

Le théâtre d’agriculture et mésnage des champs, Olivier de Serres, Seigneur du Pradel, 1600

Le serpent d’étoile, Jean Giono, 1933

La production et la circulation des connaissances scientifiques et des savoirs profanes dans nos sociétés techniciennes,  Ancori B., 2012

Nous ne nous entoure pas, Jean-Christophe Bailly (Vacarme 2014/4)

Références