Le Collège Utopique
Quelques jours après leur expérience d’Une île qui partait en quête de l’Utopie de Thomas More, les élèves retrouvent Nathan Bernat accompagné d’un auteur complice, Martin Mongin. Cette fois, ce sont les jeunes qui s’attelleront à faire advenir un territoire utopique dans leur collège.
» Si vous lisez ce message, c’est que le collège a été rasé. Ses salles de classe, sa bibliothèque, ses dortoirs abandonnés, son cabinet de curiosités, ses couloirs souterrains que nous avons arpentés dans tous les sens. Une telle éventualité nous paraît hautement improbable, mais nous avons appris, en toutes choses, à envisager le pire.
Voilà pourquoi nous avons pris soin de cacher ce boîtier – avec cette lettre et une poignée d’objets – dans les profondeurs de la chaufferie. Là, ni nos camarades, ni les profs, ni ce rabat-joie de Loïc Decquant n’auront jamais idée de venir le déterrer.
Ces pièces à conviction sont là pour témoigner de ce qu’a été notre “Collège utopique”. Entre 1971 et 1974, nous avons constitué un petit groupe d’élèves, tenu par le sceau du secret. Notre ambition était noble : revoir de fond en comble la manière dont on envisage l’occupation du temps scolaire : la manière d’apprendre, de se nourrir, de se vêtir, de se parler les uns aux autres, de penser le monde et de s’approprier ce lieu qui nous rassemble.
Les marques de cette aventure sont gravées à jamais sur les murs de l’établissement, qui résonnent de toutes les révolutions que nous avons imaginées et, parfois, mises en œuvre. Mais au cas où ceux-ci, un jour, seraient menacés de ruine, nous avons voulu y laisser une trace plus pérenne. Afin que cette histoire survive aux ravages du temps qui passe, et que d’autres que nous, un jour peut-être, se la réapproprient et en écrivent d’autres chapitres.
Qui êtes vous, vous qui lisez ces lignes ? Êtes-vous les élèves de l’année 2090 ? Ou ceux de l’an 12 après le règne de la déesse ÉEEconomie ? Peu importe. Sachez seulement que nous sommes vos ami.e.s et que quelque chose de grand et de rare s’est passé ici, à Jacques Prévert – pour l’avenir.
Plutôt qu’un manuel et des recettes toutes faites, nous vous confions ce bouquet d’objets qui portent en eux la trace – les traces – de notre œuvre passée : nos rêves, nos métamorphoses, nos désirs, nos habitudes mille fois renversées, nos luttes contre tout ce qui nous empêchait de vivre.
A vous, si vous le souhaitez, de les conjuguer à nouveau au présent et de redonner vie à notre Collège utopique !
Par-delà les temps, nous vous souhaitons bonne chance, ami.e.s.
Longue vie au Collège utopique !
L. H., S. P., J. K., M. B., A. T.
PS : Le moment venu, il vous reviendra, à votre tour, d’enterrer une boîte dans les entrailles de votre collège et d’y laisser d’autres objets, à destination de celles et ceux qui, dans un autre futur, proche ou lointain, prendront le relais à leur tour… «





