Le Pays

Le PAYS est un projet de recherche et de création contextuel qui s’invente sur deux années (2020-2021) dans un territoire rural (le pays de Bécherel entre Rennes et Saint-Malo) autour des liens entre art, paysage et agriculture. Il convie deux metteurs en scène, un dramaturge, une paysagiste, une artiste plasticienne, un poète sonore et deux ingénieures agronomes à faire dialoguer leurs méthodologies de recherche et de création sur un territoire afin de faire naître un « pays » à partir d’un territoire réel.

À l’aune d’une relocalisation de l’agriculture et de l’économie, LE PAYS interroge l’échelle locale des processus de recherche et de création contemporaine. Nous nous intéressons à la manière dont les nouvelles méthodologies de recherche-action agronomiques peuvent rencontrer et inspirer les modes de création artistique et vice-versa.

Convoquant des méthodes ethnographiques, agronomiques et artistiques, cette recherche naît de l’existant, interrogeant ce qui constitue un territoire et un terroir définis. Elle travaille sur la manière de considérer cultures et paysages vernaculaires dans les processus de création.

L’École Parallèle Imaginaire mène depuis 2018 une expérience en milieu rural. Conventionnée par la région Bretagne, le département d’Ille-et-Vilaine et la commune de Bécherel, notre structure travaille à réinventer le théâtre municipal de Bécherel (commune de 700 habitants située entre Rennes et Saint-Malo) par et pour un paysage géographique et humain. Accompagnés par une quarantaine d’habitants de la commune et des communes alentours, nous questionnons ce qu’est un « théâtre situé » dans un territoire rural. Dans le cadre de cette permanence artistique, nous nous sommes intéressés aux notions de « territoire vécu » et de « paysage vécu » que propose le paysagiste américain John Brinckerhoff Jackson en 1980. Le pays de Bécherel est intéressant à ce titre car le territoire administratif ne correspond aucunement au territoire vécu. Au croisement de 4 communes, 3 communautés de communes et 2 départements, on observe dans le pays de Bécherel un morcellement territorial qui invite à penser la notion de « local » et fait émerger ce projet de recherche contextuel : LE PAYS.

 

Dans l’époque de rupture sociale et environnementale que nous traversons, naît la nécessité d’un retour à une échelle de vie, de production et de consommation locales. On parle aujourd’hui de « circuit court », d’« économie circulaire », d’« agriculture vivrière ». Toutefois, jusqu’à présent, la création contemporaine, pour laquelle la diffusion nationale et internationale définit les règles de financement, ne s’empare que trop rarement de cette échelle locale de recherche et de création. Nous proposons notre terrain d’expérience comme un territoire pilote pour initier une recherche-action sur les liens entre culture, paysage et agriculture. Ce projet de recherche s’invente sur deux ans (2020-2021). Il convie deux metteurs en scène, un dramaturge, une paysagiste, une artiste plasticienne, un poète sonore et deux ingénieures agronomes, à faire dialoguer leurs méthodologies de recherche et de création sur un territoire autour de 3 axes de recherche : Cheminer / Cultiver / Gouverner / Fêter. Nous les invitons à faire naître un « pays » à partir d’un territoire réel. « Le pays  » peut être à la fois une nation avec une organisation politique propre tout comme un espace bien plus restreint dont on reconnait une identé et une appartenance. Selon Eugen Weber dans La Fin des terroirs (1984), « le terme « pays » signifie fondamentalement « terre natale », et s’applique plus proprement au territoire local qu’au territoire national. La plupart des Français () appellent ainsi ceux de leurs compatriotes qui partagent avec eux cette petite patrie.  »

 

Si Henri Mendras prédisait en 1967 « la fin des paysans » et avec elle « la disparition d’une civilisation millénaire », on assiste aujourd’hui à un retour à la terre et à la paysannerie, mais aussi à la résurgence de rituels et de cultures longtemps reniés, (feu de la Saint-Jean, tirage de joncs, biodynamie, etc). Le paysage retrouve une existence esthétique, non plus comme représentation romantique d’une étendue mais comme un espace relationnel entre les êtres vivants. De ce retour à la terre surgissent les mêmes enjeux que ceux qui traversent aujourd’hui les « territoires » artistiques contemporain : rendre sensible les enjeux de lanthropocène, créer un dialogue entre humain et non-humain, représenter lirreprésentable, oeuvrer avec le vivant, inventer des modalités de création collaborative, etc. On peut donc alors s’interroger sur la place de l’art dans cette époque de bouleversement. Face à ces enjeux, le théâtre ne peux plus être dans l’anecdote et le commentaire mais doit contribuer au renouvellement de nos capacités d’imagination et d’activation pour inventer de nouveaux espaces sociaux et politiques.

 

Convoquant des méthodes ethnographiques, agronomiques et artistiques notre recherche naît de l’existant, interrogeant ce qui constitue un territoire et un terroir définis : l’identité d’un lieu, ses pratiques vernaculaires, les mobilités disparus, les paysages qui le constituent, ses modes de gouvernance et la communauté qui y réside. Comme le dit John Brinckerhoff Jackson : «  Le paysage est un environnement modifié par la présence permanente d’un groupe. Se propose la création d’une communauté et le paysage n’est que la manifestation visible de celui-ci. » Nous voulons travailler à partir de cette communauté façonnant des paysages pour repenser nos pratiques, nos modes de création et de production. LE PAYS est l’occasion d’interroger les modalités de création contextuelles dans un territoire rural et de répondre à ces problématiques : Comment considérer les cultures et paysages vernaculaires dans les processus de création ? Comment les nouvelles méthodologies de recherche-action agronomiques rencontrent et inspirent nos modes de recherche et de création artistique ? Quels sont les liens entre culture et agriculture ?

LE PAYS s’invente sur deux ans : 2020 – 2021. Le premier semestre de l’année 2020 est consacré à l’écriture des modalités de travail et à la création de partenariats. Après un arpentage préliminaire du territoire au mois de juillet 2020, nous organiserons un laboratoire de 6 jours à chaque saison (automne 2020, hiver 2021, printemps 2021, été 2021). Enfin, une moisson de notre recherche sera présentée en septembre 2021.

Chaque temps de travail est l’occasion d’une transmission de nos méthodologies de recherche et de création. Notre recherche a lieu autour de 3 actions parallèles :

  • Cheminer : Au mois de juillet 2020, le « tour du pays », un arpentage préliminaire  par les anciens chemins creux de ce territoire, sera l’occasion d’appréhender ce territoire par la marche et la rencontre d’un certain nombre d’acteurs. Par le biais d’entretiens avec les habitants des communes traversées, nous définirons les limites de ce pays et étudierons les représentations que chacun en a. Ce sera l’occasion de questionner les mobilités sur ce territoire, chemins usités et inusités, anciens et nouveaux qui fabriquent un paysage. Comment le chemin convie-t-il à être spectateur ? Quelle dramaturgie possède-t-il ?

  • Cultiver : À partir de l’automne 2020, nous proposons à l’INRAE de mener une recherche participative avec certains agriculteurs de ce territoire (ferme du pressoir, ferme des pinsons, etc.) pour réintroduire des semences anciennes de lin et de chanvre conservées dans les banques génétiques. La culture et le tissage du lin et du chanvre a effectivement fait la prospérité du pays Bécherel entre le XVIè et le XVIIIè siècle avant de disparaître. L’abandon de certaines semences anciennes a fait disparaitre un certain nombre de savoir-faire liés à leur culture. Ce processus agronomique sera un des fils rouge de notre travail de recherche. Comment rendre sensible ce processus vivant et invisible ? Comment imaginer des savoir-faire disparus ? Comment réinventer des gestes oubliés ? Comment s’inspirer de ce laboratoire hors-les-murs et d’une temporalité saisonnière dans nos processus de création ?

  • Gouverner : Nous souhaitons mener un travail sur les corps de ce pays, individuels et collectifs. Ils induisent des gestes, des rituels, ainsi qu’une organisation politique des espaces et des personnes. Comment est organisé le « pays » ? Comment son organisation affecte les corps ? Quelles actions collectives inventent une autre organisation de l’espace ? Quelle serait la gouvernance des communes et des communs (semences, espaces naturels, eau, routes ou chemins, lieux publics…) ? À partir des expériences menées et des personnes rencontrées il s’agira d’imaginer et de rédiger la constitution de ce « pays ».

  • Fêter :  Pourquoi et comment se rassemble-t-on ?

Pendant toute la durée du projet, le théâtre de Bécherel deviendra l’« assemblée du pays » et installera une carte sur sa façade pour raconter la ré-invention de ce territoire. Cette carte collaborative sera déployée pour faire l’inventaire des ressources humaines, géographiques et alimentaires.

 

Une édition papier sera réalisée à la fin du projet pour archiver les méthodologies, les traces et les résultats de cette expérience. Une version numérique sera disponible sur notre site internet. Des exemplaires seront offerts aux partenaires du projet ainsi quaux bibliothèques des territoires concernés.

 

Il nous semble néanmoins important que le projet trouve également des formes de restitution « grand public », populaires et moins académiques, sur le territoire. Nous souhaitons organiser deux formats de restitution ouverts à tous :

  • Nous souhaitons organiser une « fête du pays » dans une des communes partenaires en septembre 2021, après la récolte du lin et du chanvre. Cette fête sera l’occasion de raconter et de transmettre aux plus grand nombre l’ensemble de notre projet de recherche. Elle ré-interprétera les rituels vernaculaires observés lors de notre recherche.

     

  • Nous souhaitons organiser une marche ouverte au public qui traversera et mettra en fiction les paysages du Pays. Elle reliera les différents lieux d’expériences et les différents acteurs impliqués.

Gilles Amalvi, écrivain, poète, critique de danse et créateur sonore

Charline Ducottet, politologue, ingénieure d’étude au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de lINRA, recherche-action en agronomie

Emma Flippon, Ingénieure agronome au au sein de l’équipe « Biodiversité Cultivée et Recherche Participative » de lINRA de Rennes, recherche-action en agronomie

Benoît Gasnier, Metteur en scène et scénographe, compagnie « Théâtre à lenvers », théâtre relationnel

Simon Gauchet, acteur, metteur en scène, scénographe et plasticien, directeur artistique de lEcole Parallèle Imaginaire, théâtre et art plastique

Alexandre Koutchevky, auteur et metteur en scène de théâtre-paysage au sein de « Lumière daoût », compagnie théâtrale/collectif dauteurs, théâtre et paysage

Léa Müller, paysagiste, atelier « Itinérance », paysage et urbanisme

Johanna Rocard, artiste plasticienne indépendante et collectif « La Collective », arts plastiques

 

LIRE LES BIOGRAPHIES DE L’ÉQUIPE

Voyage au pays de l’utopie rustique, Henri Mendras, 1979

La fin des paysans, Henri Mendras, 1967

À la découverte du Paysage vernaculaire, John Brinckerhoff Jackson, 1980

Manifeste du tiers-paysage, Gilles Clément, 2003

La composition des mondes, Philippe Descola, 2017

Le théâtre d’agriculture et mésnage des champs, Olivier de Serres, Seigneur du Pradel, 1600

Le serpent d’étoile, Jean Giono, 1933

La production et la circulation des connaissances scientifiques et des savoirs profanes dans nos sociétés techniciennes,  Ancori B., 2012

Nous ne nous entoure pas, Jean-Christophe Bailly (Vacarme 2014/4)

Dans le pays de Bécherel, des foules battent la campagne à chaque saison, par tout temps et par tous chemins, glanant dans les haies : feuilles, fleurs, fruits, bourgeons, rameaux, écorces. Au retour de leur balade procession, de somptueux bouquets d’herbes sauvages sont séchées dans de grandes claies en bois, des chaudrons dégoulinent de confitures sucrées et bouillantes, d’immenses futs sont remplis de fruits trop mûres pour jouir bientôt de leur fermentation, de minuscules et précieuses graines sont enfermés dans de tout aussi petits sacs fait de toile pour fleurir les jardins et les rues des prochaines années.
Chaque récolte sauvage est une fête. Les corps en mouvement sont une danse, les outils un emblème, leurs techniques une architecture.

Un étonnant calendrier, tout à la fois almanach, jeu de tarot et horloge astronomique, est dessiné sur le sol de la place du théâtre, il sonne les travaux de l’année, annonce les floraisons et rythme les balades des glaneurs.

Pour ce qui est du rôle ou de la fonction dans le pays, deux choses m’intéressent particulièrement :

la question du passage d’un état à un autre, ici celui d’un pays réel à une organisation fictionnelle et imaginaire. Cela pose pour moi la question des récits et des gestes de transitions, de bascules, de soulèvements, de métamorphoses d’où émerge le pays.

La deuxième champ, découlant du premier, serait celui des corps dans ce pays, individuels et collectifs, en ce que cela induit les gestes, les rituels, les danses mais aussi pourquoi pas les pratiques vestimentaires. J’y vois là aussi l’occasion de traiter de la question du rapport aux sols et à leurs usages.

Ces deux champs de recherches m’intéressent doublement au regard de ce que nous traversons, la perte de mobilité, la fermeture des frontière, l’impossibilité de se toucher, de se parler près.

Que pourrais-je faire dans ce pays ?

Peut-être que j’aimerais y trouver sa fête. Sa fête populaire. Celle qui rassemble les uns et les autres au sein de ce pays. Ou celle qui a rassemblée. Ou celle qui rassemblera.

Passé, présent, futur… je ne sais pas encore. Tout est question de temps, de moyen.

Fêtes et rituels peuvent être très simples, comme ils peuvent être très complexes.

Si je viens travailler au sein de ce pays, c’est pour m’interroger sur ce qui nous rassemble ?

Pour ma part, parmi les zones d’activité potentielles, j’en vois deux, en particulier, qui m’intéressent à ce stade. Mais c’est évidemment sans compter sur tous les branchements qui vont pouvoir s’opérer entre nous..

– balisage/description des chemins / J’y vois, par ailleurs, un potentiel radiophonique (radio-chemin), avec, pourquoi pas, un partenariat avec Radio Univers, basée à Cuguen, près de Combourg.
– rédaction d’une « constitution » du Pays

J’aimerais approfondir la question de l’agriculture vivrière sur ce territoire et pouvoir inventorier ce qui est déjà produit sur le territoire et comment cela est valoriser aujourd’hui. Il s’agirait également d’inventorier les productions « manquantes » sur le territoire pour atteindre l’objectif d’une certaine autonomie alimentaire. Je pense qu’il vaut mieux rêver l’autonomie plutôt que l’autarcie sachant que des échanges avec l’extérieur du Pays peuvent être imaginés. De plus, j’aimerais approfondir l’histoire de Bécherel en tant que ville transformant du lin et du chanvre pour le textile. Dans quelle mesure cela pourrait-il retrouver un intérêt aujourd’hui, dans l’idée d’une relocalisation de la production de vêtements et de création de filières locales pour le textile. Autre axe de recherche intéressant, quels liens peut-on imaginer entre paysan.ne.s et habitant.es non paysans du Pays ? Les paysan.ne.s ne peuvent pas être seul.es à assumer les questions cruciales qui se posent aujourd’hui en termes de mise en place d’une agriculture respectueuse de l’environnement, instaurant une coopération avec les êtres vivants et nourrissant sainement les humains.

Une autre question qui m’intéresse dans ce projet est la forme de gouvernance du Pays. Je m’intéresse bcp à la gouvernance horizontale des collectifs. Il serait intéressant de travailler
ensemble sur la manière dont les décisions seront prises dans le Pays et sur la manière dont la gestion des communs (semences, espaces naturels, eau, routes ou chemins, lieux publics…) s’effectue. Il serait intéressant d’imaginer une gouvernance égalitaire, collective et horizontale du pays de Bécherel. Peut-être pourrait-on s’inspirer du municipalisme libertaire de Murray Bookchin ?

La question de la monnaie ou des moyens d’échange entre les habitants de ce Pays m’intéresse également. Quelles conclusions peut-on tirer de l’existence de monnaies locales et sociales en France et dans le monde pour alimenter nos réflexions autour des moyens d’échange dans le Pays ?

Notre approche autour de la recherche participative me parait intéressante pour ce projet puisque nous posons sans cesse la question des modalités d’implication des citoyens dans les travaux de recherche et dans les associations avec lesquelles nous travaillons. De quelle manière pouvons-nous faire collectif, quels objectifs nous rassemblent et comment cultiver cette envie de faire ensemble sont des questions qui m’intéressent beaucoup.

Il pourrait être intéressant, comme Charline l’a souligné, de se pencher sur l’histoire vivrière du Pays de Bécherel, qui est notamment marqué par la culture et la transformation du lin et du chanvre. Il se trouve que ce sont des semences que l’équipe BCRP souhaiterait recultiver et/ou étudier ! Il devrait donc y avoir des choses à imaginer de ce côté là. C’est une entrée qui permet d’aborder beaucoup de sujets : histoire, culture, agriculture, échanges économiques et culturels avec les autres régions, lien au territoire et au terroir…

– je ne suis pas dispo dans les dates du framadate, pour cause déménagement, travail et bébé qui arrive fin mai…
– si je peux raccrocher les wagons ce sera cet été ou après si ça fait sens pour l’équipe qui se sera constituée autour de Pays.
– dans les axes que vous nommez ce sont les chemins inusités, anciens, nouveaux, etc. qui m’intéressent.

Noces de 2100 personnes à Scrignac

Noces bretonne au Pays de Cornouailles – Festin de 1800 personnes – Côté des hommes

Arbre de la liberté

Sans-culotte dansant autour d’un arbre de la liberté – Carnavale

Références