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Arpenter Belledonne – Simon Gauchet

Au cœur des Alpes, il y a une vallée.
En proie à des effondrements successifs, on dit que c’est la vallée du diable.
Des légendes parlent de la présence d’un être maléfique sur les sommets.
Certains l’appellent aussi l’ébranleur, ou l’avalancheux.
Il y a bien longtemps, on l’appelait encore autrement.
On a renommé « diable » une créature qui vient du fond des
âges, qu’autrefois on nommait « le dieu Pan ».
Il était le premier saisonnier, celui qui fait les saisons.
Il séparait les territoires accessibles à l’homme et ceux qui ne le
sont pas. Il organisait le vent froid, la neige qui tombe du ciel,
éboulements et avalanche, puis redoux et printemps.
Il colportait, passant par les cols, des évènements météorologiques et leurs récits.
On parle d’un homme, mais ils étaient plusieurs.
Une petite bande qui marchait dans les sommets avec leurs
pieds en forme de sabots de chèvre et participait ainsi à faire
tourner la terre autour du soleil.
Au 18ème siècle, on a exorcisé les glaciers et avec eux ces énergumènes indésirables.
Dans les années 1960, on a passé un pacte avec ses présences
d’en haut pour pouvoir habiter, commercer et exploiter les
pentes abruptes. Il paraitrait que ce pacte est arrivé à échéance.
Ou bien peut-être aussi qu’on a refoulé leurs présences, qu’on n’a
plus voulu y croire, plus voulu les voir. Les saisons se sont déréglées,
 certaines ont disparus et avec elles «l’or blanc» qui faisait
vivre une foule de nouveaux saisonniers.
Alors on invite ces habitants des sommets à descendre dans
la vallée, pour retrouver, avec celles et ceux qui habitent là, 
les sons, les gestes et les histoires qui font passer les saisons.
Dans cette vallée du diable, il s’agit de réinventer un folklore
imaginaire, de faire naître les rites qui nous relie au temps qu’il
fait et au temps qui passe, de réécrire une nouvelle partition des
4 saisons.

Nous rêvons ce rituel pour une pente, une « scène oblique ».
Une fois les saisons retrouvées, il s’agira de passer les cols et de les faire voyager dans d’autres vallées.
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